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Des fleurs en décembre

Visite d’une entreprise agricole innovante : l’exploitation horticole de Michel Dessus, président de la Chambre d’Agriculture des Alpes-Maritimes

 Gerbera photographié dans les serres de Michel Dessus - © Emmanuel Charpentier

Gerbera photographié dans les serres de Michel Dessus

Nous avons souhaité visiter l’entreprise de Michel Dessus pour deux raisons : tout d’abord, le maintien d’une production agricole locale et des savoir-faire qui y sont associés fait partie de notre vision de l’écologie; nous sommes en effet partisans d’un localisme bien compris, il nous a donc paru intéressant d’essayer de comprendre et de faire connaître les méthodes qui ont permis à M.Dessus de pérenniser l’entreprise familiale. D’autre part cette exploitation présente une autre caractéristique fort intéressante d’un point de vue environnemental  puisque les serres sont chauffées grâce à la filière bois du département.

Gerbera bicolore photographié dans les serres de Michel dessus - © Emmanuel Charpentier

Gerbera bicolore photographié dans les serres de Michel dessus

Les 6000 m2 de serres sont entièrement dédiés à la production de fleurs coupées, en l’occurrence, des Gerberas qui répondent aux noms de Tanmbourin, Alcatraz , Virginie… Ces magnifiques astéracées (famille des marguerites) cultivées sont originaires d’Afrique du Sud et ont besoin de beaucoup de lumière et de chaleur.

Un système de chauffage au bois innovant

Les exploitations azuréennes bénéficient d’une lumière fournie gracieusement par des cieux cléments, mais, afin de fournir une production continue, il est nécessaire de chauffer artificiellement les serres d’octobre à mai. Il y a peu, les serres de Michel Dessus étaient chauffées grâce à une chaudière alimentée par 100 000 litres de fioul par an, système très onéreux et très polluant. L’exploitation étant située en zone semi-urbaine, la qualité des gaz de combustion est un facteur qu’il ne faut pas non plus négliger.

Bois déchiqueté - © Emmanuel Charpentier

Bois déchiqueté

Pour résoudre ce double problème de coût et de pollution il a fallu innover. La chaleur est désormais fournie par une chaudière alimentée par du bois déchiqueté provenant de la coopérative forestière de Saint Auban. Le système d’approvisionnement de la chaudière est complexe: de puissants vérins hydrauliques remuent les 20 tonnes de bois du bac d’alimentation, qui proviennent d’un hangar attenant abritant 50 tonnes de bois, et une vis sans fin emporte le bois déchiqueté jusqu’à l’énorme chaudière dont la puissance atteint 600kWh. Les fumées sont filtrées par un catalyseur qui réduit fortement leur nocivité.

Le pari était risqué mais réussi. Michel Dessus affirme même :« le bois a sauvé mon exploitation ». Les 220 000 euros d’investissement ont été financés à 40 % par le Conseil général et la Région. Michel Dessus assure la maintenance du système de chauffage pour des raisons de coût ; on peut ajouter qu’il a pour les mêmes raisons décidé de construire lui-même le hangar qui abrite le bois déchiqueté.

Une des serres de l'exploitation de Michel Dessus - © Michel Fouilloux

L’innovation continue dans les serres

Substrat à base de perlite - © Emmanuel Charpentier

Substrat à base de perlite

À l’intérieur des serres dont la structure est relativement ancienne puisqu’elles ont été construites par le père de M. Dessus, les méthodes de productions sont extrêmement modernes : les 35 000 gerberas sont désormais produits en hors-sol dans des sacs contenant un substrat de perlite et sont alimentés par une ferti-irrigation réalisée au compte-goutte. Les sacs sont réchauffés directement par des tuyaux à 35°C, tandis que d’autres tuyaux plus chauds surplombent chaque rangée afin de réguler l’atmosphère.

Le hors-sol présente de nombreux avantages. Finie la désinfection du sol au bromure de méthyle, très polluant ; le sol des serres, maintenues dans un état de propreté impeccable, est recouvert de bâches de tissu qui empêchent la prolifération des mauvaises-herbes ; les plantes sont à hauteur d’homme, épargnant le dos de notre exploitant et de son unique salarié -oui vous avez bien lu, deux personnes seulement pour 6000 m2 de serre -.

Michel Dessus aimerait passer en production biologique intégrée, afin de ne plus recourir aux produits phytosanitaires, mais ce n’est malheureusement pas possible dans l’état actuel des connaissances et des techniques. Il possède cependant une serre test dans laquelle il effectue des essais de piégeage.

De belles cagettes de gerbera

Cagette de gerbera - © Emmanuel CharpentierPour finir nous avons visité la zone dans laquelle s’effectue le conditionnement et la conservation. Les fleurs après cueillette sont disposées dans des cartons et mises à tremper en chambre froide juste avant d’être livrées au M.I.N.

Grâce à cette succession d’étapes où rien n’est laissé au hasard, le produit fini est exceptionnel tant au niveau de l’aspect que de la durabilité. Les gerberas ont reçu un label Nice Qualité plus bien mérité.

Une exploitation rentable…mais à quel prix !

Photo de Michel Dessus dans l'une de ses serres - © Emmanuel Charpentier

Michel Dessus

L’exploitation de Michel Dessus est rentable et ses clients, grossistes et fleuristes, se bousculent, mais on voit bien qu’il est extrêmement difficile de produire des fleurs dans notre région, malgré les conditions climatiques favorables. Bien sûr, il a bénéficié d’une infrastructure et d’un savoir-faire transmis par son père, mais il faut reconnaître qu’il est aussi un bourreau de travail et qu’il a dû prendre des risques, « être horticulteur, ça n’est pas simple ».

Il y a le problème du foncier, des infrastructures, de l’énergie… Et il faut innover.

Pour cette raison Michel Dessus souhaite que soit mis en place un « pôle horticulture et maraîchage high-tech » dans la plaine du Var, nécessaire à l’innovation, à la transmission des nouveaux savoir-faire et à la pérennisation de la filière agricole.

Pour finir quelques réflexions inspirées par cette visite, sur l’avenir de l’agriculture dans la Métropole

Nous avons pu constater qu’il faut une sacrée dose de courage et de passion pour maintenir une telle exploitation, située, en outre, en zone constructible… Comment transmettre cette passion et ce goût d’entreprendre à des jeunes, dans un pays qui n’a pas la culture de l’entreprise et dans une région qui parfois néglige voire méprise  son secteur agricole, accusé de ne pas générer suffisamment de revenus et d’emplois au mètre carré de surface exploitable ?

L’agriculture ne doit pas être mise en balance avec l’industrie et le commerce en prenant comme seuls critères l’emploi et/ou les recettes fiscales ; c’est absurde.

L’agriculture est intimement liée à l’image que nous avons de notre région. La culture des fleurs, des olives, des blettes, des agrumes etc… sont des éléments du patrimoine azuréen auquel les habitants sont attachés.

En ce qui concerne le maraîchage, il faut se placer du point de vue du consommateur que nous sommes. Nous voulons des produits frais, cultivés dans de bonnes conditions, avec des variétés locales adaptées à notre climat, dotées de bonnes qualités organoleptiques, et non des légumes insipides qui proviennent d’agro-usines. C’est une exigence que nous avons en tant que niçois et azuréens et qui est également celle des nombreux touristes qui viennent nous rendre visite.

Il faut avant-tout considérer les espaces agricoles du point de vue de l’aménagement du territoire à moyen et à long terme. Il est temps de redonner toute sa place à l’agriculture, de lui apporter un soutien efficace et d’accorder aux agriculteurs toute l’estime et la considération qui leur sont dues.

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3 Responses to Des fleurs en décembre

  1. HELLE Nathalie 18/12/2012 à 7 h 38 min #

    bonjour un trés beau reportage sur l’exploitation de Michel qui est un bourreau de travail.
    Dans cet article vous savez mettre en avant les valeurs et le savoir faire de nos exploitants, de même que les difficultés liées au métier d’horticulteur et d’agriculteur.
    Félicitations
    Nathalie

    • Emmanuel Charpentier 18/12/2012 à 10 h 25 min #

      Bonjour Nathalie, merci beaucoup pour cette appréciation très encourageante.
      Cordialement,
      Emmanuel

  2. GASIGLIA 29/01/2013 à 17 h 16 min #

    Voilà un bon exemple d’agriculture durable.